Pourquoi les photographes ne sont-ils jamais payés à leur juste valeur ?

Je n’aime pas faire des articles de blog coup de gueule, mais malheureusement je vais être obligé une nouvelle fois, car j’ai vécu une situation très frustrante récemment. Et ce genre de situation arrive malheureusement beaucoup trop souvent…

J’ai eu droit à un énorme manque de respect de la part de plusieurs équipes cyclistes. Mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres : ce genre de situation illustre malheureusement un problème bien plus vaste dans le monde de la photographie professionnelle en général.

Avant la course : silence radio et excuses classiques

Comme à chaque événement où je travaille, j’ai contacté toutes les équipes plusieurs semaines avant pour proposer mes services. Sur une vingtaine d’équipes, seules deux ou trois ont répondu, souvent après relance. Le reste ? Silence total. Pourtant, un simple « non merci » ne coûte rien…

Une première grosse équipe – appelons-la l’équipe A – m’indique qu’elle n’a pas de budget. Soit, je les remercie au moins d’avoir pris le temps de répondre.

Une autre structure – appelons-la B – me dit également qu’elle n’a pas de moyens… mais prévoit tout de même d’utiliser les photos que j’ai vendues à mon client, comme si un simple « enregistrer sous » suffisait. Je leur rappelle que ces images ne sont pas libres de droit (et celles des autres photographes non plus). Malgré des échanges d’abord pédagogiques, puis plus tendus, ils parviennent à se faire passer pour les victimes alors qu’ils sont clairement en tort. Et au final, ils se servent tout de même, sans rien régler, comme si c’était parfaitement normal.

Pendant la course : hypocrisie et mauvaise foi

Quelques jours plus tard, l’équipe A revient vers moi : elle a besoin d’images. Sauf que toutes les photos sont verrouillées avec l’organisateur (mon client) et moi-même. Je propose un tarif raisonnable. Réponse ? « On n’a pas de budget. » Pourtant, cette équipe, qui prétend être « petite » et sans moyens, est venue avec trois voitures, un bus et un camion. À l’inverse, d’autres équipes, venues simplement avec un minibus et deux véhicules, ont acheté des photos pour pouvoir communiquer. L’équipe A tente de contourner la situation : elle envoie un mail à l’organisateur, contacte sa page Facebook… mais tombe toujours sur la même réponse : il faut passer par moi.

Finalement, acculés, ils acceptent de me demander le tarif. Mais tentent de se dédouaner avec des excuses du type « c’était la stagiaire qui avait mal géré les messages… ». Puis disparaissent de nouveau, prétextant avoir « trouvé une autre solution ».

Une troisième structure – appelons-la C – me contacte via Instagram pour demander une photo. Je leur indique que les images sont payantes. Pas de réponse. Quelques heures plus tard, je découvre que la photo a été volée et utilisée dans leur communiqué de presse ainsi que sur leurs réseaux sociaux. Et quand j’essaie d’entamer un dialogue pour régulariser la situation : silence radio.

Et on parle de photos à 15€, pas à 1000€

L’équipe B revient à la charge. Encore. Pour une autre photo. Cette fois, je leur propose un tarif symbolique de 15€, bien en dessous des prix habituels du secteur. Pas parce que ça reflète la valeur de mon travail, mais parce que je refuse qu’ils utilisent cette image gratuitement et repartent gagnants. Leur réponse ? Aucune. Ils préfèrent ne rien publier plutôt que de débourser cette somme ridicule. Une preuve de plus qu’aujourd’hui, certains considèrent normal de prendre sans jamais payer, même quand les montants sont dérisoires.

Le photographe, toujours à la dernière roue du carrosse

On en est arrivé à une époque où les organisateurs paient les sonorisations, les agents de sécurité, le traiteur ou encore le vidéaste (qui, dans certains cas, ne sont même pas payés non plus, comme les photographes), mais attendent que ces derniers travaillent bénévolement. Et ce ne sont pas uniquement les organisateurs : la majorité des clients ne respectent plus notre profession et nous considèrent comme la dernière roue du carrosse. Pourtant, les photos sont indispensables pour communiquer sur l’événement, vendre des billets ou attirer des sponsors…etc

Pourquoi le photographe est-il encore et toujours celui qu’on respecte le moins ? Pourquoi refuse-t-on de valoriser un métier qui implique souvent plus de 100 heures de travail en quelques jours, pour parfois gagner moins de 4€ de l’heure ? Pourquoi devrait-on accepter de travailler dans des conditions que personne d’autre n’accepterait, avec notre propre matériel, une charge mentale énorme, et tout ça pour des miettes – voire rien du tout ?

Je suis fatigué. Fatigué de devoir sans cesse me battre pour faire valoir que mon travail a une valeur. Fatigué de devoir rappeler que vivre de la photographie, ce n’est pas un passe-temps, mais un vrai métier, qui mérite d’être rémunéré comme tel. Même la presse, qui utilise nos photos pour illustrer ses articles, ne nous respecte pas du tout. C’est systématique. J’en parlais déjà dans un précédent article : https://www.flotographie.com/la-face-cachee-de-la-photographie-dans-la-presse-sportive-entre-rapidite-et-precarite/

Alors non, je ne fais pas que râler. Je travaille, je me déplace, je propose, je discute, j’accepte les refus. Mais ce que je ne tolère plus, c’est le mépris.

Un photographe qui en a assez du manque de respect envers sa profession.

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